Embaucher un junior : garder le diplôme ou exiger une preuve de travail ?

Diplôme en filtre, épreuve en plus
62 % des PME canadiennes recrutent surtout par contacts personnels, et 73 % des jeunes cherchent surtout en ligne, selon la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante : à l'embauche d'un jeune, l'attitude (91 %), la motivation (84 %) et le professionnalisme (76 %) passent devant les diplômes, et les stages ou l'alternance, qui mènent à un poste permanent dans 73 % des cas, sont utilisés par 25 % des jeunes et par une PME sur cinq.
Je garde le diplôme quand même. Pour le prochain junior, dans une PME sans service RH, il reste un filtre grossier. Il écarte un tas de CV en quelques minutes, sans prouver le métier, alors que ces patrons le placent déjà derrière l'attitude. J'ajoute une épreuve surveillée sur un livrable réel du poste. C'est ma preuve de travail. Retirer le diplôme, tout seul, ne crée pas le marché. Une copie soignée ne prouve plus le travail fait.
Ce décalage reste entier : un contact et un dossier reçu en ligne ne passent pas par la même porte. L'épreuve peut s'appliquer aux deux.
Le prix se compte en heures de quelqu'un qui livre déjà. Je bloque une demi-journée de la personne qui connaît le livrable. Ce créneau couvre la consigne, la présence dans la pièce et la lecture du résultat. Souvent, c'est vous, parfois le chef d'équipe qui devait livrer.
Chez les travailleurs de 22 à 25 ans dans les métiers très exposés à l'IA, l'emploi se situe environ 19 % sous la trajectoire des pairs moins exposés, sur des données de juin 2026, selon une note de Stanford. L'ajustement passe surtout par moins d'embauches de jeunes, pas par plus de départs. Les auteurs parlent de motifs descriptifs, pas d'estimations causales de l'effet de l'IA. Je n'en fais pas une règle d'embauche.
Le texte remis ne départage plus
Un texte propre peut arriver sans que la personne ait fait le travail. En 2024, des copies écrites à 100 % par GPT-4 ont été injectées dans cinq modules de premier cycle (BSc) en psychologie à l'Université de Reading, devant des correcteurs non informés, et l'étude de Reading trouve que 94 % n'ont pas été détectées, que les notes se situaient en moyenne une demi-mention au-dessus des vrais étudiants, et que, sur un module, la chance de dépasser un échantillon aléatoire d'étudiants du même effectif atteignait 83,4 %.
Le cadre est étroit. Ce sont des dissertations de psychologie, entièrement générées, et ce chiffre ne décrit ni un atelier, ni un chantier, ni un cégep. Je le retiens pour les dossiers que vous ouvrez. Une lettre, un mémoire ou un portfolio envoyé : le soin du texte ne dit plus qui a tenu le crayon.
Garder, retirer, ou surveiller le travail
Chaque filtre a sa facture, et les trois chemins se paient différemment. Le schéma pose les renoncements, et il ne tranche pas.
Le diplôme seul trie en quelques minutes : vous écartez des parcours incomplets, puis vous passez à l'entretien, sans voir le travail se faire. Le texte peut être excellent et venir d'ailleurs, comme dans le protocole de Reading cité plus haut.
Retirer l'exigence fait une annonce nette, mais les embauches bougent peu. Après retrait des exigences de diplôme, l'étude de Harvard Business School et de Burning Glass chiffre l'opportunité supplémentaire à pas même 1 embauche sur 700, environ 97 000 personnes de plus par an sur 77 millions, et presque tout le changement d'embauche vient de 37 % des firmes étudiées qui ont retiré l'exigence. L'étude porte sur de grandes firmes américaines, et le diplôme reste en place dans cet échantillon. Votre équipe n'est pas dans ce décompte.
Le troisième chemin garde le filtre et ajoute l'épreuve surveillée. Le finaliste refait devant vous un morceau du travail réel : un devis, un plan, un ticket, une page ou une coupe. Le portfolio envoyé la veille ne suffit pas, parce qu'il peut avoir été poli par une autre personne ou par un modèle. L'épreuve montre le travail en cours, au prix des heures déjà comptées, sans remettre un titre qu'un autre employeur peut vérifier.
Ce qu'une PME sans RH peut tenir
Je prends le troisième chemin : le diplôme filtre le tas, et l'épreuve départage les finalistes. Si votre priorité est d'afficher vite, le diplôme seul peut suffire, et vous acceptez de ne pas voir le travail. Si votre priorité est d'ouvrir à des parcours sans papier, le retrait reste possible. Le volume mesuré dans l'étude américaine citée plus haut a peu bougé, et votre contexte peut différer. Je ne le devine pas.
Deux offres récentes trient sur du travail déjà fait, sans couvrir le junior que vous embauchez.
Anthropic vise 10 000 Frontier Deployed Engineers d'ici la fin de 2027, avec un engagement de 100 M$, selon son annonce de la Claude Frontier Academy. Les participants sont des ingénieurs déjà en poste, nommés par leur entreprise, dont Accenture, Deloitte et McKinsey. Chacun arrive avec un projet Claude déjà nommé, et la cohorte est déjà salariée.
Selon la FAQ de la Horowitz Andreessen Academy, l'école réunit environ 50 élèves à San Francisco, choisis sur ce qu'ils ont construit, livré ou gagné, sans diplôme ni crédit, et a16z, qui l'incube, investit 35 M$ pour le lancement, sans accréditation. Je n'ai ni cette cohorte ni ce chèque, et je ne les imite pas.
Les stages dont parle l'enquête du début restent un autre chemin, peu emprunté par les PME. Mon épreuve n'est pas un stage : elle tient en un créneau, sur un livrable à vous.
Je prends un livrable interne, j'enlève la réponse, et je regarde le finaliste le refaire. La consigne reste courte. Le barème est fixé avant : le résultat est utilisable, la personne a demandé ce qui manquait, et l'erreur grossière a été vue.
La grille avant d'afficher
Je remplis cette grille avant de publier le poste, pas après les premiers CV. Les durées ci-dessous sont mon ordre de grandeur, pour une PME sans service RH.
Filtre | Temps | Ce qu'il montre | Ce qu'il ne montre pas |
|---|---|---|---|
Diplôme | Quelques minutes | Un parcours complété | Le travail sur notre livrable |
Portfolio envoyé | Une lecture | Un dossier soigné | Qui a produit le dossier |
Épreuve surveillée | Une demi-journée | Le travail, devant témoin | Un titre que le candidat emporte |
Personne n'est libre pour cette demi-journée. Je n'affiche pas.
Les trous que je garde
Une copie commencée par la personne, puis retouchée, n'entre pas dans le protocole de Reading. Si le motif de Stanford se défait, je garde le même choix : le texte reçu ne montre plus le travail.
Je n'ai aucun cas québécois nommé, avec la taille de l'équipe et le déroulement de l'épreuve. Harvard et Burning Glass ne remplacent pas ce cas, et j'arbitre sans cette mesure. C'est le trou principal.
Vous voyez le travail se faire, puis le candidat repart sans papier vérifiable par le prochain employeur. J'accepte ce renoncement. Lui promettre un titre portable, ce serait vendre autre chose que le poste.
Si la seule personne apte à juger le livrable doit aussi livrer cette semaine, l'épreuve sera bâclée. Une épreuve bâclée redevient un rite qui ne vaut pas les heures.
J'ouvre le prochain poste avec le diplôme en filtre et l'épreuve au calendrier. Sans cette demi-journée, je n'affiche pas. Le CV attendra.